Lucidité Durable : 3 phrases RSE à bannir de votre communication

Lucidité Durable : 3 phrases RSE à bannir de votre communication

Quand la RSE devient du bruit, elle perd toute sa force

Vous avez structuré une démarche RSE. Vous embauchez localement, vous travaillez avec des fournisseurs réunionnais, vous avez réduit vos déchets de 30%. Vous voulez communiquer ces efforts, et c’est légitime.

Puis vous lisez votre brouillon de communication : « Nous plaçons l’humain au cœur de notre stratégie. » « Notre entreprise s’engage pour un avenir durable. » « Nous sommes fiers de contribuer à un monde meilleur. »

Ces phrases sont partout. Sur les sites web, dans les rapports RSE, sur LinkedIn. Elles sonnent bien. Elles ne veulent rien dire.

Le problème n’est pas que ces affirmations soient fausses. Le problème est qu’elles sont invérifiables. Quand votre communication RSE ressemble à toutes les autres, elle devient invisible. Pire : elle alimente le scepticisme ambiant face aux discours d’entreprise.

Chez Novéthica, nous avons un principe : la lucidité durable. C’est l’idée qu’une communication RSE efficace repose sur des faits vérifiables, pas sur des déclarations d’intention. Vous n’avez pas besoin d’embellir. Vous avez besoin de documenter.

Voici trois phrases que nous vous conseillons de bannir de votre communication — et ce qu’il faut mettre à la place.

Phrase 1 : "Nous plaçons l'humain au cœur de notre stratégie"

Pourquoi ça ne fonctionne pas :

Cette phrase est tellement répandue qu’elle en est devenue un cliché. Toutes les entreprises affirment placer l’humain au centre. Les banques le disent. Les multinationales extractives le disent. Les cabinets de conseil le disent.

Le lecteur a appris à ignorer cette formule. Elle ne dit rien de spécifique sur vos pratiques concrètes. Elle ne permet aucune vérification. Et surtout, elle est abstraite : « l’humain » de quelle manière ? Dans quel contexte ? Selon quels indicateurs ?

Ce qu’il faut dire à la place :

Remplacez l’affirmation générale par un fait mesurable et vérifiable. Exemples :

  • « 75% de nos fournisseurs sont basés à La Réunion, ce qui représente 2,3 M€ injectés dans l’économie locale en 2024. »
  • « Nous avons formé 12 collaborateurs en 2024, soit une moyenne de 28 heures de formation par personne. »
  • « 100% de nos postes en CDI ont été pourvus par des candidatures locales depuis 2022. »
  • « Notre turnover est de 8% contre une moyenne sectorielle de 22%. »

Ces phrases donnent une information précise. Elles peuvent être vérifiées. Elles montrent une réalité concrète. Un lecteur sceptique peut les contester, et c’est normal : c’est ce qui rend votre communication crédible.

L’alternative en une phrase :

Au lieu de dire ce que vous êtes, montrez ce que vous faites — avec des chiffres, des dates, des périmètres.

Phrase 2 : "Nous nous engageons pour un avenir durable"

Pourquoi ça ne fonctionne pas :

Un engagement, par définition, est une promesse. Le problème des promesses, c’est qu’on ne peut pas les vérifier avant qu’elles soient réalisées. Et l’histoire récente de la RSE est remplie de promesses non tenues.

« Avenir durable » est également trop vague pour avoir du sens. Durable comment ? Sur quels critères ? À quel horizon temporel ? Pour qui ?

Cette phrase est une déclaration d’intention qui ne coûte rien à énoncer. C’est précisément pourquoi elle ne convainc personne.

Ce qu’il faut dire à la place :

Remplacez la promesse par un bilan factuel de ce qui a été fait. Exemples :

  • « Nous avons réduit notre consommation électrique de 18% entre 2022 et 2024 grâce à l’installation de panneaux solaires (240 kWc) et au remplacement de nos éclairages. »
  • « Nos déchets carton ont diminué de 40% depuis 2023 suite au passage à des emballages réutilisables avec trois fournisseurs locaux. »
  • « Nous avons cartographié 100% de nos émissions Scope 1 et 2, représentant 45 tonnes de CO2e en 2024. »

Ces affirmations décrivent ce qui a été fait, pas ce qui sera fait. Elles sont ancrées dans des actions réalisées. Elles permettent de mesurer la progression, pas juste l’intention.

L’alternative en une phrase :

Privilégiez le passé et le présent au futur. Ce que vous avez accompli vaut plus que ce que vous promettez d’accomplir.

Phrase 3 : "Nous sommes fiers de contribuer à un monde meilleur"

Pourquoi ça ne fonctionne pas :

Cette phrase combine deux problèmes. D’abord, l’émotion (« fiers ») ne remplace pas le fait. Ensuite, « un monde meilleur » est si abstrait que cela peut signifier n’importe quoi pour n’importe qui.

Le greenwashing repose souvent sur des formulations émotionnelles et vagues. L’entreprise parle de ce qu’elle ressent plutôt que de ce qu’elle produit comme impact. Cela crée une distance entre le discours et la réalité opérationnelle.

De plus, cette phrase adopte un ton auto-congratulatoire qui sonne mal dans un contexte dans lequel les attentes envers les entreprises sont de plus en plus exigeantes.

Ce qu’il faut dire à la place :

Décrivez un impact précis, mesurable, localisé. Exemples :

  • « Nous employons 8 personnes en situation de handicap, soit 12% de notre effectif. »
  • « Nos ateliers d’insertion ont permis à 5 personnes de retrouver un emploi en CDI dans le secteur en 2024. »
  • « Nous avons financé la réhabilitation de 200m² de zone humide sur le site de Bras-Panon avec la LPO Réunion. »
  • « Notre programme de mentorat a accompagné 15 jeunes entrepreneurs réunionnais en 2024. »

Ces phrases documentent un impact. Elles nomment des bénéficiaires identifiables. Elles évitent les superlatifs émotionnels et restent factuelles. Si vous êtes fiers de ces actions, tant mieux — l’important est que les faits parlent d’eux-mêmes.

L’alternative en une phrase :

Nommez qui bénéficie de votre action, où, comment, et en quelle quantité. L’impact concret remplace l’émotion générale.

Ce que change la lucidité durable dans votre communication

Adopter une communication factuelle ne signifie pas devenir froid ou technocratique. Cela signifie respecter l’intelligence de votre lecteur.

Quand vous documentez vos actions avec précision, vous offrez à vos parties prenantes — clients, partenaires, financeurs, collectivités — les éléments pour évaluer eux-mêmes la pertinence de votre démarche. Vous n’imposez pas un narratif. Vous fournissez des preuves.

La lucidité durable repose sur trois principes simples :

1. Préférer le fait à l’intention

Ce que vous avez fait compte plus que ce que vous comptez faire. Les bilans sont plus crédibles que les engagements.

2. Privilégier la mesure à l’affirmation

Un chiffre vérifiable (même modeste) vaut mieux qu’une déclaration grandiose. 8% de réduction énergétique documentée est plus fort que « nous réduisons notre impact environnemental ».

3. Accepter les limites et les contradictions

Vous ne pouvez pas tout résoudre. Vous avez des zones dans lesquelles vous progressez et d’autres où vous stagnez. Le reconnaître ne vous affaiblit pas : cela vous rend crédible. Une communication honnête sur les difficultés rencontrées est infiniment plus puissante qu’une communication lissée qui prétend que tout va bien.

Comment appliquer ce principe dès maintenant

Si vous devez communiquer sur votre démarche RSE dans les semaines qui viennent — site web, rapport, réseaux sociaux, dossier de subvention — voici un exercice simple.

Étape 1 : relisez votre texte et surlignez toutes les phrases qui contiennent des mots comme « engagé », « responsable », « durable », « humain », « fier », « meilleur ».

Étape 2 : pour chaque phrase surlignée, posez-vous la question : « Est-ce que cette phrase peut être vérifiée par quelqu’un d’extérieur à l’entreprise ? »

Étape 3 : si la réponse est non, reformulez en vous demandant : quel fait concret sous-tend cette affirmation ? Quel chiffre, quelle action, quel résultat puis-je documenter ?

Étape 4 : remplacez les formulations vagues par les éléments factuels. Supprimez ce qui ne peut pas être documenté.

Vous perdrez peut-être quelques phrases. Votre texte sera probablement plus court. Ce n’est pas un problème. Ce que vous perdez en volume, vous le gagnez en crédibilité.

La lucidité durable n'est pas une option, c'est une nécessité commerciale

Le greenwashing et le « social washing » ne sont plus seulement des risques juridiques (bien que les réglementations se durcissent). Ils sont devenus des risques commerciaux.

Les clients, les donneurs d’ordre, les financeurs, les collectivités locales sont de plus en plus formés à repérer les discours creux. Ils savent distinguer une communication documentée d’une communication cosmétique. Et, ils sanctionnent — en refusant de travailler avec vous, en vous excluant d’appels d’offres, en retirant leur confiance.

À l’inverse, une communication factuelle vous différencie. Elle crée une base de dialogue solide avec vos parties prenantes. Elle vous permet de progresser sans prétendre à la perfection. Ainsi, elle vous positionne comme une entreprise qui prend la RSE au sérieux — pas comme un exercice de relations publiques, mais comme une structuration opérationnelle réelle.

Chez Novéthica, nous ne vous aidons pas à « mieux raconter » votre RSE. Nous vous aidons à la documenter pour qu’elle puisse se raconter d’elle-même.

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