CSRD et Scope 3 : les PME exportatrices en première ligne

Vos clients européens vont vous demander votre Scope 3 transport. Sans ce chiffre, vous perdez votre éligibilité commerciale.

Si vous exportez depuis La Réunion vers l’Europe — rhum, épices, textile, produits transformés, services IT pour groupes européens — votre plus gros client va bientôt vous envoyer un questionnaire ESG avec une question précise : « Quelle est l’empreinte carbone du transport maritime de vos produits vers l’Europe ? »

Ce n’est pas une question de curiosité. C’est une obligation réglementaire pour eux, la CSRD, qui devient un critère d’éligibilité pour vous.

Le vrai problème n'est pas mathématique

Le calcul du Scope 3 transport semble technique, mais le vrai problème n’est pas mathématique. C’est la collecte des données : votre transitaire ne vous donne pas forcément le poids exact et la distance précise. C’est la ventilation par produit : si vous exportez 10 produits différents dans un même conteneur, comment répartir l’empreinte ? C’est la traçabilité méthodologique : votre client veut savoir quelle méthodologie vous avez utilisée, Base Carbone ADEME ou GHG Protocol.

Sans réponse structurée et documentée, vous n’êtes plus compétitif face à un concurrent mauricien ou malgache qui, lui, a calculé son Scope 3.

Exemple réel : un exportateur agroalimentaire réunionnais avec 1,2M€ de chiffre d’affaires export a failli perdre un contrat de 300K€ avec une chaîne bio française parce qu’il ne pouvait pas fournir l’empreinte carbone transport de ses produits. Il a dû faire calculer en urgence. Coût intervention : 8K€. Coût de la perte du contrat : 300K€.

Ce qui s'applique vraiment à vous

La CSRD ne s’applique pas directement à votre PME réunionnaise. Mais elle s’applique à vos clients européens de plus de 250 salariés ou 50M€ de chiffre d’affaires. Ces clients doivent reporter leur Scope 3 amont, c’est-à-dire les émissions de leurs fournisseurs. Vous êtes leur Scope 3 amont.

Les deux chiffres qu’ils vont vous demander :

Votre Bilan Carbone global Scopes 1-2-3 : combien votre entreprise émet-elle au total ? Et votre Scope 3 transport ventilé par produit : combien de CO2 pour livrer une tonne de votre produit X en Europe ?

Le premier chiffre les intéresse pour comprendre votre empreinte globale. Le deuxième chiffre, ils en ont besoin obligatoirement pour leur propre reporting CSRD.

ESG obligatoire pour vos clients, obligatoire commercialement pour vous

Pour vos clients, l’ESG est obligatoire. Ils doivent reporter leur Scope 3, point, pas négociable. Pour vous, la RSE reste volontaire. Vous n’êtes pas soumis à la CSRD. Mais si vous ne fournissez pas les données ESG à vos clients, vous perdez vos contrats.

Donc pour vous, ce n’est pas obligatoire légalement, mais c’est obligatoire commercialement.

À La Réunion, le Scope 3 transport représente 70% de votre empreinte

Le Scope 3 transport n’est pas un détail. C’est 70% de votre empreinte carbone totale. Pourquoi ? Parce que vous êtes à 9 000 km de l’Europe. Un conteneur maritime Port-Réunion vers Le Havre émet 2 à 3 tonnes de CO2 pour 20 tonnes de marchandises, 5 à 6 tonnes pour 50 tonnes.

Si vous exportez 100 tonnes par an vers l’Europe, votre empreinte transport seule atteint 10 à 12 tonnes de CO2. À comparer avec vos émissions directes Scope 1 (véhicules, production) de 2 à 3 tonnes, et votre électricité Scope 2 de 1 à 2 tonnes. Le transport maritime représente donc 70 à 80% de votre empreinte totale.

Les contraintes spécifiques aux exportateurs insulaires ne disparaissent pas. Pas d’alternative terrestre, un fournisseur français continental peut livrer en camion avec trois fois moins d’émissions. Dépendance aux compagnies maritimes comme CMA CGM ou MSC qui ne fournissent pas toujours les données détaillées. Consolidation de conteneurs : vous partagez souvent un conteneur avec d’autres exportateurs, donc la répartition de l’empreinte devient complexe.

Vos clients européens le savent. Mais ils veulent voir que vous documentez ces contraintes et que vous optimisez : conditionnement, poids, remplissage conteneur.

 

Collectez les données auprès de votre transitaire

Contactez votre transitaire, la société qui gère vos expéditions maritimes, et demandez pour l’année écoulée le poids total expédié vers l’Europe en tonnes, le nombre de conteneurs utilisés (20 pieds, 40 pieds), la distance moyenne Port-Réunion vers le port européen (Le Havre, Marseille, Rotterdam), et le mode de transport : conteneur maritime standard ou aérien si urgent.

Si votre transitaire ne vous donne pas ces données, changez de transitaire. C’est leur métier de les avoir. Une semaine suffit pour collecter tout ça.

Calculez avec la méthodologie ADEME

Utilisez les facteurs d’émission Base Carbone ADEME, gratuit et reconnu internationalement. Pour le transport maritime conteneur, c’est 0,011 kg CO2 par tonne.km. Pour le transport aérien fret si vous l’utilisez occasionnellement, 0,602 kg CO2 par tonne.km.

Exemple concret : vous exportez 50 tonnes de produits transformés par an, distance Port-Réunion vers Le Havre 9 000 km, mode conteneur maritime. Calcul : 50 tonnes × 9 000 km × 0,011 = 4 950 kg de CO2, soit 4,95 tonnes. Si vous exportez plusieurs produits, ventiler proportionnellement au poids. Produit A 30 tonnes donne 2,97 tonnes de CO2, produit B 20 tonnes donne 1,98 tonnes.

Deux heures de calcul une fois que vous avez les données.

Documentez tout dans une fiche Scope 3 Transport

Créez un document PDF de deux pages. Première page : méthodologie. Source des données avec les factures transitaire et le nom de la société, année 2024. Facteurs d’émission : Base Carbone ADEME version 12.1 de 2024. Périmètre : export maritime vers Europe uniquement. Date du calcul.

Deuxième page : résultats. Empreinte transport totale en tonnes de CO2. Empreinte par produit, produit A égale Y kg de CO2 par tonne livrée. Empreinte par conteneur, Z kg de CO2 par conteneur 20 pieds.

Ce document devient votre preuve pour tous vos clients. Vous le réutilisez pour chaque questionnaire ESG. Une heure de travail pour créer cette fiche.

Ne calculez pas au doigt mouillé

Les entreprises soumises à la CSRD sont auditées par des cabinets externes : Deloitte, EY, PwC. Ces auditeurs vérifient les données Scope 3 fournisseurs par échantillonnage. Si vous avez donné un chiffre Scope 3 transport sans méthodologie documentée, votre client peut être sanctionné et vous perdez le contrat.

Vos clients vont demander trois preuves. La source des données : vos factures transitaire. Les facteurs d’émission utilisés : Base Carbone ADEME ou GHG Protocol. Les calculs détaillés : un fichier Excel avec les formules visibles.

Sans ces trois preuves, votre chiffre n’est pas auditable. Avec ces trois preuves, votre chiffre est béton et réutilisable pour tous vos clients pendant trois ans. Recalcul annuel recommandé.

Face à la pression de vos clients européens, la tentation est grande de sous-estimer votre Scope 3 transport pour paraître plus vert. Ne faites pas ça. Les auditeurs CSRD croisent les données. Si votre client déclare un Scope 3 fournisseurs anormalement bas, il est audité.

L’approche Novéthica : calculer votre empreinte réelle avec méthodologie rigoureuse ADEME, documenter les sources, identifier les leviers d’optimisation (conditionnement, remplissage conteneur), définir une trajectoire de réduction réaliste, entre -20% et -30% d’ici 2030.

Résultat : vous gardez vos contrats, vous anticipez les exigences futures, vous êtes crédible face aux audits.

Le calcul n’est pas sorcier, mais il nécessite rigueur

Le calcul du Scope 3 transport n’est pas sorcier, mais il nécessite les bonnes données et la bonne méthodologie. Si vous n’avez jamais fait ce calcul, ou si vous l’avez fait au doigt mouillé sans documentation, vous êtes en risque commercial.

Novéthica accompagne spécifiquement les exportateurs réunionnais sur ce calcul. Pourquoi nous ? Parce qu’on connaît les contraintes de l’océan Indien : dépendance maritime, distances, transitaires locaux. Et qu’on applique la méthodologie ADEME de manière rigoureuse et auditable.

Réservez un échange exploratoire de 30 minutes pour évaluer si vos données actuelles sont suffisantes, identifier les gaps à combler, et définir le plan de calcul adapté à votre situation. Sans engagement, confidentiel.

Besoin de clarifier votre situation face à ces exigences ?

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