Omnibus : pourquoi « je ne suis pas concerné par la CSRD » est la mauvaise question

questionnaire RSE fournisseur

La nouvelle est passée comme un soulagement. Le paquet européen Omnibus simplifie les obligations de durabilité, relève les seuils, sort des dizaines de milliers d’entreprises du périmètre direct. Un dirigeant de l’île, à qui un donneur d’ordre avait pourtant envoyé un questionnaire l’an dernier, l’a résumé ainsi : « Donc finalement, ce n’est plus mon problème. »

C’est une lecture compréhensible. C’est aussi la mauvaise question.

Le questionnaire RSE fournisseur, le vrai sujet de l'Omnibus

« Suis-je soumis à la CSRD ? », la directive européenne qui impose de publier des informations environnementales et sociales. C’est la question qu’on se pose quand on lit le texte comme une contrainte directe. Or pour la quasi-totalité des PME de l’île, l’obligation n’est jamais arrivée par le texte. Elle arrive par le contrat.

Ce que fait Omnibus, concrètement : il resserre l’obligation directe d’environ 50 000 à environ 10 000 entreprises dans l’Union européenne, en la réservant aux sociétés de plus de 1 000 salariés et 450 millions d’euros de chiffre d’affaires. Ces grandes entreprises, elles, doivent toujours rendre compte et leur reporting couvre leur chaîne de valeur, donc leurs fournisseurs.

Le même texte a pourtant prévu un garde-fou pour les PME : un plafond chaîne de valeur. Un donneur d’ordre n’a pas le droit d’exiger d’une entreprise de moins de 1 000 salariés plus d’informations que ne le prévoit un standard volontaire allégé, le VSME : le format simplifié pensé pour les petites structures. Toute clause contractuelle qui outrepasse cette limite est même passible de sanctions. Autrement dit, le VSME définit désormais le maximum de ce qu’on peut vous demander.

Beaucoup y ont vu une dispense. C’en est une, mais seulement sur le volume. Parce que le plafond limite ce qu’on peut vous demander, pas le fait qu’on vous le demande. Votre client a besoin de vos chiffres pour construire les siens ; il vous les réclamera par questionnaire, par plateforme de notation, ou en pièce jointe à un appel d’offres. Le plafond ne fait que dessiner le périmètre de la question. Il ne répond pas à votre place.

Le jour où la demande arrive, la question utile n’est donc plus « suis-je soumis ». Elle est : « Est-ce que je sais répondre, vite, de façon vérifiable, sur le périmètre attendu, sans improviser ? »

C’est là que se joue l’accès au marché. Une réponse improvisée fait perdre des points, parfois un référencement. Une réponse préparée où vos consommations, vos pratiques sociales, vos fournisseurs sont déjà documentés au format attendu devient un argument concurrentiel. Le même fait, selon qu’il est anticipé ou subi, vous fait gagner ou perdre la place.

La bonne nouvelle, c’est que l’essentiel de ce qu’on vous demandera existe déjà chez vous. Vos factures d’énergie, vos contrats, vos engagements : ce sont des preuves, à condition d’être structurées avant la demande, et au bon format : celui, justement, que le plafond VSME vient de rendre lisible.

La question n’est donc pas de savoir si la CSRD vous concerne. C’est de savoir si vous serez prêt le jour où votre client, lui, vous demandera d’y répondre.

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Sources : loi Omnibus adoptée le 16 décembre 2025 ; seuils et périmètre CSRD (Portail RSE, EFRAG/VSME).

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