Bilan carbone : un calcul pensé pour la métropole vous donne de faux chiffres à La Réunion

Bilan carbone à La Réunion
Un outil de bilan carbone conçu pour la métropole applique des facteurs nationaux. À La Réunion, deux d’entre eux faussent le résultat : l’électricité, plus carbonée qu’on ne croit, et l’import, qui écrase votre empreinte. Voici pourquoi, chiffres officiels à l’appui, et pourquoi des chiffres justes sont des chiffres qui tiennent au contrôle.

Le principe : un bilan carbone, ce sont des facteurs

Commençons par la mécanique, parce qu’elle explique tout. Un bilan carbone n’est pas une opinion, c’est un calcul. On prend vos données d’activité, vos kilowattheures, vos tonnes de matériaux, vos trajets, et on les multiplie par des facteurs d’émission, c’est-à-dire la quantité de CO2 associée à chaque unité. La référence, en France, c’est la base de l’ADEME.

Toute la justesse du résultat tient alors à une seule chose : utiliser les bons facteurs. Or un outil pensé pour la métropole applique, par défaut, les facteurs métropolitains. À La Réunion, deux d’entre eux faussent le calcul, et pas qu’un peu.

L'électricité, plus carbonée qu'on ne le croit

Le premier, c’est l’électricité, et le résultat surprend souvent. On imagine la Réunion très verte, et de fait l’île atteint 92,4 % d’électricité renouvelable en 2024. Mais ce renouvelable repose en grande partie sur des pellets de bois importés et du biodiesel, dont la combustion émet, là où la métropole s’appuie sur le nucléaire, quasiment décarboné.

Mettons les chiffres côte à côte. Pour la France, un outil de bilan carbone applique le facteur de l’ADEME, de l’ordre de 52 grammes de CO2 par kilowattheure. À La Réunion, le kilowattheure émet 77 grammes en 2024 selon l’Observatoire Énergie Réunion, et encore, ce chiffre ne compte que les émissions directes de production : en cycle de vie, en intégrant l’amont des pellets importés, il serait plus élevé. Autrement dit, même en comparant prudemment, l’électricité réunionnaise dépasse d’au moins la moitié le facteur national qu’un outil applique par défaut.

Un exemple fixe les idées. Une entreprise qui consomme 100 000 kilowattheures par an verrait, avec le facteur national, un poste électricité d’environ 5,2 tonnes de CO2. Avec le facteur réunionnais réel, c’est 7,7 tonnes, soit 2,5 tonnes de plus, et davantage encore en cycle de vie. Sur un seul poste, l’écart est net ; multiplié par les autres postes calés sur des moyennes nationales, il devient significatif.

Et ce facteur bouge vite

Deuxième piège, plus subtil : ce facteur réunionnais a beaucoup bougé. La conversion des centrales d’Albioma à la biomasse a fait chuter le contenu carbone de l’électricité de l’île en quelques années. Ce qui veut dire qu’une donnée réunionnaise un peu ancienne est, elle aussi, fausse, dans l’autre sens. La seule valeur juste, c’est le facteur courant publié par l’OER, pas une moyenne figée, et encore moins une moyenne continentale.

L'import : votre empreinte arrive par bateau

Le second facteur faux, et c’est le plus lourd, c’est l’import. En 2024, La Réunion a importé pour 7,1 milliards d’euros de biens et exporté pour 413 millions, d’après l’Insee. Autrement dit, l’essentiel de ce que vous consommez, et de ce que vous mettez en œuvre sur vos chantiers, a voyagé loin, souvent depuis la métropole (60 % des imports) ou l’Asie (20 %).

Or, dans un bilan carbone, ces biens portent les émissions de leur production, en amont, et de leur transport, par bateau sur des milliers de kilomètres. C’est ce qu’on appelle le scope 3, et à La Réunion il pèse bien plus lourd qu’en métropole, où une part des approvisionnements reste locale et proche. Un outil calé sur des chaînes courtes continentales sous-estime, là encore, votre empreinte réelle.

La distance change tout : un conteneur qui arrive de Shanghai ou de Marseille n’a pas la même empreinte de transport qu’un approvisionnement pris à trente kilomètres. Le fret maritime, l’acheminement, le dernier kilomètre, ce sont des émissions bien réelles qu’un calcul pensé pour des circuits courts continentaux range, à tort, dans la marge.

Et l’origine compte autant que la distance. Un acier ou un ciment venu d’un pays à électricité très carbonée arrive avec une empreinte de production plus lourde qu’un équivalent européen. Pour vous, qui importez d’horizons variés, la composition réelle de vos approvisionnements change tout au bilan, là où une moyenne nationale lisse ces écarts et vous éloigne de la vérité.

Et ce n'est pas une thèse, l'ADEME le dit

Ce constat n’a rien de militant : l’ADEME elle-même en tient compte. Sa base carbone comporte une documentation et des facteurs spécifiques à l’outre-mer. Autrement dit, la méthode officielle reconnaît noir sur blanc qu’on ne calcule pas un bilan réunionnais avec les facteurs de la métropole. Un outil qui applique les valeurs nationales à La Réunion n’est donc pas seulement imprécis : il est méthodologiquement à côté.

Et ces facteurs outre-mer ne concernent pas que l’électricité : ils touchent aussi le transport, le traitement des déchets, certains intrants, partout où les conditions locales diffèrent du continent. C’est la reconnaissance officielle d’une évidence : un territoire insulaire ne se mesure pas avec les chiffres d’un territoire continental.

Pourquoi ça compte : des chiffres qui tiennent au contrôle

Pourquoi tout cela compte, très concrètement ? Parce qu’un chiffre faux, dans un sens ou dans l’autre, devient une fragilité dès qu’il est regardé de près. Devant un acheteur public qui note votre offre sur le critère environnemental, devant un auditeur, ou dans une déclaration carbone comme celle qui se met en place aux frontières, un bilan qui ne colle pas à la réalité de l’île se voit.

À l’inverse, un chiffre établi avec les bons facteurs locaux est un chiffre que vous pouvez présenter sans crainte, et défendre. C’est toute la différence entre un nombre qu’on vous oppose et un nombre que vous assumez.

Ce qu'il faut, concrètement

Un bilan carbone juste à La Réunion ne se fait pas avec une moyenne continentale. Il utilise le facteur électricité courant de l’OER, les distances et les origines réelles de vos approvisionnements, et les facteurs outre-mer de l’ADEME. Ce n’est pas plus compliqué, c’est simplement local.

Et c’est là toute la justesse insulaire : non pas un argument de plus, mais des chiffres exacts, parce qu’ils collent à votre territoire. C’est ce qui sépare un bilan qu’on peut vous contester d’un bilan que vous portez en confiance.

Sources

Et vos chiffres carbone, reposent-ils sur la réalité de l'île ou sur des moyennes continentales ? Si vous voulez des chiffres défendables, ceux qui tiennent au contrôle, faisons le point. Sans engagement.

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